Chronic × Quentin Philippe : quand le café s’invite à la table gastronomique
Art de vivre


Le 17 septembre 2026, Chronic Coffee Roasters réunissait une quarantaine de convives au cœur de sa nouvelle torréfaction de Meyrin pour une expérience culinaire singulière. Baptisée « Dinner at the Roastery », cette soirée imaginée avec le chef Quentin Philippe proposait de découvrir le café autrement : non plus comme une simple conclusion au repas, mais comme un véritable acteur de la gastronomie. Six services, des accords audacieux et une rencontre entre cafés de spécialité, grands vins et cuisine contemporaine.
Une soirée où le café change de dimension

Il est des expériences gastronomiques qui invitent à revoir nos habitudes. Chronic. a choisi de bousculer les codes en donnant au café une place inattendue : celle d’un ingrédient capable de dialoguer avec les plus belles créations culinaires.
Pour cette première édition du « Dinner at the Roastery », la maison genevoise avait transformé sa nouvelle torréfaction de Meyrin en restaurant éphémère. Une longue table dressée au milieu des machines et des sacs de café, une quarantaine d’invités et une atmosphère où l’univers de la production rencontrait celui de la haute gastronomie.
Aux commandes de cette soirée, Quentin Philippe, ancien chef du restaurant Arakel à Genève et Révélation Gault&Millau 2024. Connu pour sa sensibilité culinaire et son attention portée aux produits, il s’est prêté à un exercice particulièrement intéressant : construire un menu en six services autour des multiples expressions du café.
L’idée n’était pas simplement d’ajouter une note torréfiée aux assiettes, mais de comprendre comment les différentes origines, les méthodes d’extraction et les profils aromatiques pouvaient enrichir une composition gastronomique.
Le topinambour, une entrée tout en profondeur
Dès le premier service, le ton était donné.
Le topinambour, associé au café, à l’oxalis, à la noisette et à la truffe noire, ouvrait cette exploration sur un registre végétal et terrien. Une composition construite autour d’affinités naturelles : la douceur du légume racine, le caractère de la truffe, la rondeur de la noisette et les nuances torréfiées du café.
L’oxalis venait apporter cette pointe acidulée capable d’équilibrer l’ensemble.
Pour accompagner cette entrée, un Chardonnay Barrique 2024 du Domaine de la Planta avait été sélectionné, prolongeant le dialogue entre les saveurs de l’assiette et celles du vin.
Une première proposition qui révélait déjà l’intention du chef : travailler le café avec subtilité, sans jamais lui permettre de dominer les autres ingrédients.

Le cerf et le café frappé, l’audace d’un accord inattendu
La deuxième séquence s’inscrivait dans une atmosphère résolument automnale.
Le cerf, accompagné de cèpes et d’un jus réduit au pinot noir, proposait une cuisine de caractère, construite sur la profondeur du gibier et l’intensité des saveurs forestières.
Mais c’est l’association avec un café frappé qui retenait particulièrement l’attention.
Loin de l’image habituelle d’un espresso chaud et puissant, cette préparation froide apportait une dimension plus fraîche, capable de contrebalancer la richesse du jus et l’onctuosité de la composition.
Le café Ombligon de Colombie, sélectionné par Chronic., accompagnait cette proposition et démontrait combien la température et la méthode de préparation peuvent modifier notre perception d’un café.
Une association audacieuse qui ouvrait de nouvelles perspectives sur la manière d’envisager les boissons d’accompagnement.

Le lieu jaune, quand le café entre dans la sauce
Avec le troisième service, Quentin Philippe explorait une approche différente.
Le lieu jaune de ligne, servi avec du céleri et de la lime douce, trouvait dans un beurre de café une expression particulièrement originale.
Il ne s’agissait plus d’un accord servi à côté de l’assiette, mais d’une véritable intégration du café dans la préparation culinaire.
Le beurre apportait sa texture enveloppante, tandis que le café introduisait une profondeur aromatique venant dialoguer avec la délicatesse du poisson. La lime douce offrait un contrepoint plus lumineux.
Pour accompagner cette création, le choix s’était porté sur un Assemblage Blanc 2023, Valais AOC, signé Marie-Thérèse Chappaz.
Un accord qui mettait également à l’honneur le savoir-faire viticole suisse et rappelait que les rencontres entre vins et cafés peuvent enrichir une même expérience gastronomique.

Le pigeon, entre grands vins et café d’exception
Parmi les compositions les plus expressives de ce dîner, le pigeon occupait une place particulière.
Associé au miso, à la framboise et à la betterave, il réunissait plusieurs registres gustatifs : la profondeur de l’umami, la fraîcheur fruitée et la douceur légèrement terreuse du légume.
Une construction complexe qui appelait des accompagnements capables d’en prolonger les nuances.
Deux lectures étaient proposées.
La première autour d’un Malanser Pinot Noir Grand Cru 2017 de la Weinkellerei Gianni Boner, la seconde avec un Janson Geisha 914 du Panama, préparé en café filtre par Chronic.
Cet accord illustrait sans doute l’une des idées les plus passionnantes de la soirée : considérer le café avec la même attention qu’un grand vin.
Comme pour un cépage, son origine, son terroir, sa variété et sa préparation influencent son caractère.
Le café filtre permettait ici d’explorer une autre expression aromatique, plus nuancée, et de proposer une véritable alternative dans la construction des accords gastronomiques.
Une démarche qui témoigne de l’évolution de la cuisine contemporaine, toujours plus attentive aux associations inattendues et aux expériences sensorielles.

La gourmandise en conclusion : pécan, espresso et vanille fumée
Après ces quatre séquences salées, le café retrouvait un territoire qui lui est plus familier : celui du dessert.
Mais là encore, Quentin Philippe avait choisi de revisiter les classiques.
L’affogato pécan associait praliné de noix de pécan et fleur de sel, accompagné d’un espresso 01PM d’Éthiopie signé Chronic.
Une création construite sur le contraste entre la gourmandise du praliné, l’intensité du café et cette touche saline qui venait réveiller les saveurs.
Le dernier service, simplement baptisé « Cappuccino », réunissait vanille fumée et namelaka, une préparation pâtissière réputée pour sa texture particulièrement soyeuse.
L’accord se prolongeait avec une liqueur de café développée par Chronic. en collaboration avec LVX – Distillerie de Genève.
Une conclusion qui faisait le lien entre pâtisserie, torréfaction et savoir-faire artisanal genevois.

Quentin Philippe, une vision créative du café

Derrière ce menu se cachait un véritable travail de recherche.
Avant de concevoir les assiettes, Quentin Philippe et les équipes de Chronic. ont consacré une journée à la dégustation et à l’exploration de différentes références de café.
Espresso, extraction à froid, café filtre ou café frappé : chacune de ces méthodes révèle des caractéristiques particulières.
Un espresso se distingue par sa concentration et son intensité, tandis qu’une infusion à froid peut faire apparaître une fraîcheur et des notes acidulées intéressantes en cuisine. Le café filtre, quant à lui, permet d’apprécier d’autres subtilités aromatiques.
Cette approche rejoint le travail d’un chef ou d’un sommelier : comprendre le produit, identifier son équilibre et rechercher l’accord qui saura mettre en valeur chaque élément de l’assiette.
Avec ce dîner, Quentin Philippe a ainsi démontré que le café possède une véritable légitimité gastronomique, au-delà de ses utilisations traditionnelles.
Chronic., une autre vision de la torréfaction
Le choix d’organiser cet événement au sein même de la nouvelle torréfaction n’avait rien d’anodin.
Il permettait de replacer le café dans son univers d’origine et de faire découvrir aux invités le lieu où les grains sont quotidiennement travaillés.
Fondée à Genève en 2017, Chronic. défend une approche contemporaine du café de spécialité, fondée sur la qualité des origines, la maîtrise de la torréfaction et une volonté constante d’innovation.
La maison explore aujourd’hui différentes façons de consommer le café, des grains fraîchement torréfiés aux préparations infusées à froid, en passant par les boissons prêtes à déguster.
Son engagement environnemental et social accompagne cette démarche, notamment à travers ses certifications B Corp et EcoEntreprise Excellence et son appartenance au collectif 1% for the Planet.
Pour Sébastien Grillet, cofondateur et directeur général de Chronic., l’ambition de cette soirée était précisément de montrer que le café possède une complexité aromatique comparable à celle d’autres produits nobles utilisés en gastronomie.


Vers une nouvelle culture des accords gastronomiques
Au-delà de l’originalité de l’événement, cette première édition du « Dinner at the Roastery » posait une question particulièrement intéressante : quelle place le café pourrait-il occuper demain dans les expériences gastronomiques ?
Le développement des cafés de spécialité a profondément changé notre manière d’appréhender cette boisson.
On parle désormais d’origines, de terroirs, de variétés, de profils de torréfaction et de méthodes d’extraction avec une précision qui rappelle celle de l’univers viticole.
Et cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour les chefs.
Un café peut souligner l’acidité d’un plat, accompagner une texture, équilibrer une sauce ou prolonger des notes fruitées. Il peut aussi devenir un véritable accord, pensé avec autant de soin que le choix d’un vin.
Chronic. souhaite d’ailleurs renouveler cette expérience chaque année, en invitant la gastronomie à explorer de nouvelles interprétations du café.
Le regard de New Sight Magazine
Ce qui rend cette initiative intéressante, c’est sa capacité à faire évoluer notre perception d’un produit pourtant profondément ancré dans notre quotidien.
En réunissant le savoir-faire d’un torréfacteur genevois et la créativité de Quentin Philippe, cette soirée démontrait que la gastronomie ne se résume pas aux ingrédients les plus rares. Elle se nourrit aussi de curiosité, de recherche et de cette capacité à regarder autrement ce que nous pensions déjà connaître.
Le dialogue entre cafés d’exception, vins soigneusement sélectionnés et produits de saison donnait à ce dîner une identité singulière.
Une expérience qui s’inscrit dans une nouvelle approche de l’art de vivre, où la découverte du produit, le travail des artisans et la créativité des chefs occupent une place centrale.
Et si le café, longtemps considéré comme la dernière note d’un repas, devenait désormais l’un de ses plus beaux accords ?
Chronic Coffee Roasters
Torréfaction : Meyrin, Genève
Boutique : Rue Argand 2, Genève
www.chronic.ch


