Venoge Festival 2026 Jeudi soir, la grande machine à souvenirs entre euphorie et fausses notes
Art de vivre


Photographe: Antoine Andreani
Jeudi soir, le Venoge Festival avait choisi de jouer avec nos souvenirs. Des années 80 aux années 2000, la programmation réunissait plusieurs générations d’artistes et autant de refrains capables de nous ramener instantanément quelques décennies en arrière.
Une soirée généreuse, parfois euphorique, parfois plus fragile. Des artistes qui ont réellement mis le feu, d’autres passages plus contrastés, quelques problèmes techniques et surtout cette émotion particulière que procure la musique lorsque toute une foule connaît les paroles.
Nous avons choisi de raconter cette soirée telle que nous l’avons vécue.
Folie 80 : quatre artistes et une énergie intacte
La soirée démarre avec une vraie bouffée de nostalgie.
Sur scène, Jean-Pierre Mader, Patrick Hernandez, Émile Wandelmer, alias Émile d’Émile & Images, et William Picard de Début de Soirée n’ont pas eu besoin de beaucoup de temps pour faire réagir le public.
Quelques notes de Macumba, Born to Be Alive, Les Démons de minuit ou Nuit de folie et toute la foule se met à chanter.
Ils n’étaient que quatre pour représenter cette grande période musicale, mais leur énergie a largement suffi à embraser le Venoge.
Le spectacle ne s’est d’ailleurs pas limité aux tubes attendus. Un medley aux sonorités plus rock est venu apporter une autre couleur au show, plus nerveuse, plus spontanée, permettant de casser intelligemment le rythme.
Et parmi les jolies surprises, un clin d’œil à Serge Gainsbourg avec “Couleur Café”, repris dans une ambiance chaleureuse et complice. Un petit hommage inattendu qui a parfaitement trouvé sa place.
Les années 80 ont cette force particulière : elles réunissent aujourd’hui plusieurs générations. Certains revivent leurs souvenirs, d’autres découvrent ces titres à travers leurs parents, mais tout le monde finit par chanter. Et ce jeudi soir, Folie 80 a véritablement mis le feu.
Magic System : trente ans et toujours la même envie de partager
Avec Magic System, changement total d’univers, mais certainement pas d’énergie.
Le groupe célèbre ses 30 ans de carrière, et cette longévité se ressent surtout dans sa maîtrise de la scène.
Magic System sait parler à une foule. Il suffit de quelques minutes pour que les bras se lèvent, que les refrains soient repris et que l’espace devant la scène se transforme en immense fête populaire.
On retrouve cette générosité qui fait depuis toujours leur force : beaucoup d’échanges avec le public, du mouvement, du sourire et cette impression qu’ils prennent encore autant de plaisir à jouer ensemble.
Trente ans après leurs débuts, ils continuent de fédérer avec la même simplicité. Un concert joyeux, solaire, sans distance avec le public.
Lisa Stansfield : la classe et cette voix que l’on reconnaît immédiatement
L’artiste britannique, programmée sur la Mainstage, apporte une respiration plus soul et plus élégante à cette soirée revival. Avec une carrière marquée notamment par All Around the World, People Hold On ou Set Your Loving Free, elle fait partie de ces voix que l’on identifie dès les premières secondes. Et sur scène, pas besoin d’en faire trop.
Lisa Stansfield possède cette présence très particulière, faite d’élégance, de groove et de maturité. Là où certains artistes misent avant tout sur l’énergie ou la nostalgie, elle installe une ambiance plus feutrée et laisse surtout parler la musique.
“All Around the World” reste évidemment l’un de ces morceaux que le public attend, mais son passage ne se résume pas à un seul tube. Ce qui frappe surtout, c’est cette manière de traverser les décennies sans avoir besoin de surjouer son statut d’icône. Un moment plus posé au milieu d’une soirée très festive, mais justement précieux pour cette raison : Lisa Stansfield a apporté de la classe, du groove et une vraie parenthèse soul au Venoge.
Remember Me : très attendu… mais un sentiment plus partagé
Puis arrive Remember Me, certainement l’un des shows les plus attendus de la soirée.
Sur le papier, difficile de faire plus nostalgique : plusieurs artistes emblématiques des années 90 et 2000 réunis sur une même scène. Tragédie, Corona, Sabrina, Dr. Alban, Haddaway, Gala, K.Maro, Worlds Apart, Reel 2 Real, Helmut Fritz… De quoi faire remonter beaucoup de souvenirs. Mais malgré une affiche impressionnante, le spectacle nous a laissé un sentiment plus partagé.
Tragédie donne immédiatement le ton
Tragédie a pourtant très bien amorcé le show. Dès leur arrivée, on retrouve cette énergie R’n’B des années 2000 et surtout des refrains que le public n’a manifestement jamais oubliés.
Le duo est présent, dynamique et crée immédiatement une connexion avec la foule. Une très bonne manière de lancer le show.
Sabrina, toujours aussi séductrice
Puis il y a Sabrina Salerno, qui conserve une présence scénique bien à elle. Séductrice, glamour, assumée, elle joue pleinement avec son image et avec le public.
Elle ne cherche pas à effacer ce qu’elle représentait dans les années 80. Au contraire, elle s’en amuse et continue de porter cette sensualité avec beaucoup d’assurance. Un passage très visuel, avec une artiste qui sait parfaitement comment capter les regards.
Corona ravive immédiatement les années 90
La présence de Corona, venue remplacer Ophélie Winter, a également réveillé de nombreux souvenirs. Dès que les premières notes arrivent, impossible de ne pas replonger dans cette grande période dance des années 90. C’est justement toute la force de Remember Me : parfois, quelques secondes suffisent pour faire surgir une époque entière.
Mais la technique vient parfois casser la magie
C’est malheureusement ici que le spectacle montre aussi ses limites. Plusieurs problèmes de son et incidents techniques sont venus perturber certains passages et casser la dynamique.
Dans un show où les artistes disposent souvent de seulement quelques minutes pour installer leur univers, cela se ressent immédiatement. Un mauvais équilibre sonore, un retour compliqué ou une transition moins fluide peuvent très vite faire retomber l’énergie.
Bien sûr, un artiste ne maîtrise pas toute la partie technique d’un concert. Mais depuis le public, le résultat reste le même : par moments, nous avons eu la sensation que le show n’arrivait pas à atteindre le niveau que cette très belle affiche pouvait laisser espérer.
Des voix mises à rude épreuve
Certains passages vocaux nous ont aussi semblé plus fragiles. Les années passent, les voix évoluent, et cela est parfaitement naturel. Mais certains morceaux semblent aujourd’hui demander une tessiture plus difficile à retrouver pour certains interprètes, avec parfois quelques problèmes de justesse. Cela ne remet évidemment pas en question leurs carrières ni l’importance des titres qu’ils ont créés. La nostalgie est puissante, mais elle ne doit pas empêcher d’écouter ce qui se passe réellement sur scène.
Helmut Fritz : le showman de Remember Me
S’il fallait retenir une personnalité particulièrement marquante dans ce show, ce serait certainement Helmut Fritz.
Parce qu’il ne vient pas simplement interpréter un titre connu. Il occupe la scène. Il joue avec le public, provoque, fait rire, bouge et donne immédiatement une autre énergie au spectacle. Il possède ce petit quelque chose que l’on ne peut pas fabriquer : un vrai tempérament de showman. Même lorsque le public connaît déjà parfaitement son univers, il continue d’aller le chercher. Et cela fait toute la différence.
Un vrai coup de chapeau également aux danseurs, qui ont énormément contribué à la dynamique du show. Leur énergie, leur précision et leur présence visuelle ont permis de maintenir le rythme durant de nombreuses transitions.
À mes yeux, Helmut Fritz et les danseurs font clairement partie des belles réussites de Remember Me.





Crédits Photo: Davide Gostoli, Antoine_Andreani, Thomas_Ebert,@MF_Vrenoge,
Des chansons qui, malgré tout, réveillent une vie entière
Malgré ces réserves, difficile de rester insensible lorsque défilent Dr. Alban, Haddaway, Gala, K.Maro, Worlds Apart, Corona ou Reel 2 Real.
Il suffit d’une intro. Et soudain, tout revient. Une soirée, un été, un club, un CD, une époque. C’est là que Remember Me atteint finalement son objectif : faire appel à la mémoire collective.
Même lorsqu’une prestation est imparfaite, certaines chansons possèdent une telle histoire avec le public qu’elles finissent par dépasser le spectacle lui-même.
Reel 2 Real : bientôt dans « Sans Filtre »
Nous avons également eu l’occasion de prolonger cette soirée autour de Reel 2 Real. Une rencontre particulière avec des artistes qui ont participé à cette grande époque de la dance et dont les titres continuent aujourd’hui encore à faire bouger plusieurs générations.
Vous retrouverez très prochainement notre interview autour de Reel 2 Real avec G Money, alias Garth McKenzie, et Natalyah dans New Sight Médias. Une rencontre Sans Filtre, évidemment, pour parler de scène, de carrière, de souvenirs mais aussi de ce que signifie continuer à porter aujourd’hui un héritage musical aussi fort.
Fatal Bazooka : Michaël Youn remet la folie au centre du festival
Après Remember Me, changement radical avec Fatal Bazooka.
Et là, Michaël Youn arrive avec exactement ce que l’on attend de lui : beaucoup d’énergie, de l’autodérision et absolument aucune envie de faire les choses à moitié. Tout est excessif, volontairement décalé et pensé pour le spectacle. Mais derrière la folie du personnage, il y a surtout un véritable sens de la scène.
Michaël Youn sait tenir un public, provoquer une réaction, relancer la foule et créer un moment collectif. On aime ou non Fatal Bazooka, mais son efficacité sur scène est difficile à contester. Après un Remember Me plus inégal, cette énergie a clairement redonné un coup d’accélérateur à la soirée.
Igor Blaska : une conclusion électro parfaitement maîtrisée
Pour terminer cette longue nuit, Igor Blaska a une nouvelle fois montré toute son expérience derrière les platines. Après plusieurs heures de concerts, sa mission n’était pas simple : garder un public déjà bien sollicité et réussir à transformer les dernières heures du festival en véritable dancefloor à ciel ouvert. Et il l’a fait avec beaucoup de maîtrise.
Son set était fluide, dynamique et construit progressivement. Igor Blaska possède surtout cette capacité à lire son public : il sait quand accélérer, quand laisser respirer un morceau et comment faire monter l’intensité sans jamais casser l’ambiance.
Les bras se lèvent, la foule danse encore et l’énergie reste présente malgré l’heure. Pas besoin d’en faire trop. Son expérience parle pour lui. Igor Blaska était au top, comme d’habitude, et cette conclusion électro était exactement ce qu’il fallait pour terminer la soirée sur une note festive et fédératrice.
Une soirée imparfaite, mais profondément vivante
Cette soirée du jeudi restera finalement comme l’une de ces nuits faites de contrastes. Tout n’était pas parfait. Mais tout était vivant. Et finalement, c’est peut-être exactement cela, un festival : danser, rire, retrouver des souvenirs, être surpris, parfois déçu, puis quelques minutes plus tard se retrouver à chanter un refrain que l’on croyait presque oublié.
Les artistes changent, les voix évoluent et les années passent. Mais certaines chansons ont ce pouvoir incroyable de nous ramener, en quelques secondes, à un morceau de notre propre histoire.


